Labels de cosmétique bio : qu’est-ce qui les distingue réellement ?
28 septembre 2026 · 6 min de lecture · Hélène

Deux crèmes côte à côte en rayon : l’une porte un petit logo vert, l’autre affiche « bio » en grand sur sa face avant. Le consommateur y voit la même promesse. Les labels de cosmétique bio répondent pourtant à des cahiers des charges privés, aux seuils chiffrés différents, alors que le mot « bio » écrit seul n’appuie sur aucun référentiel. Pour comparer deux produits, il faut savoir ce que chaque pourcentage mesure, et sur quoi il porte.
En bref
- Les labels de cosmétique bio se distinguent par leur cahier des charges, leurs pourcentages et leur niveau d’exigence : COSMOS Organic impose au moins 20 % d’ingrédients bio dans le produit fini (10 % pour certains produits), COSMOS Natural n’en impose aucun, NATRUE exige 95 % de bio parmi les ingrédients d’origine végétale et animale au niveau « organic ».
- En cosmétique, la certification du produit fini est une démarche volontaire ; la DGCCRF contrôle l’exactitude des allégations « bio » ou « naturel ».
- Une allégation « bio » sur le produit entier n’est admise que si 100 % des ingrédients sont biologiques ; sinon le pourcentage doit être indiqué, ou la mention doit rester à côté des seuls ingrédients concernés.
- L’eau n’est pas considérée comme bio, ce qui plafonne le taux affiché des produits très aqueux.
Existe-t-il un label officiel de cosmétique bio ?
Non : les labels de cosmétique bio sont des référentiels privés, auxquels les marques adhèrent volontairement. La DGCCRF le rappelle dans sa fiche « Cosmétiques bio et naturel » de février 2021 : la certification des produits finis est une démarche volontaire, de second niveau, qui suppose d’abord la certification des ingrédients biologiques selon le règlement (CE) n° 834/2007.
La même fiche note que la norme NF ISO 16128-1 « ne comporte pas de définition autonome du bio » et renvoie à la législation nationale ou à des normes internationales. Une marque peut donc afficher « bio » sans label, à condition que l’allégation soit exacte. La DGCCRF a d’ailleurs relevé, dans son enquête sur l’année 2020, des allégations « bio » non justifiées, dont un label « inventé » par le fabricant.
Quelles règles encadrent le mot « bio » sur un produit ?
Le mot « bio » peut qualifier le produit entier seulement si 100 % de ses ingrédients sont biologiques. Dans tous les autres cas, la fiche de la DGCCRF demande d’indiquer le pourcentage, ou de n’apposer la mention qu’à côté des ingrédients concernés. Pour « naturel », le produit entier peut être qualifié ainsi lorsque plus de 95 % des ingrédients sont naturels ou d’origine naturelle ; en dessous, le pourcentage doit être précisé.
La fiche ajoute que les savons, même artisanaux, ne peuvent pas être qualifiés de « naturels », car ils résultent toujours d’une transformation, et que le logo officiel « AB » ou le logo européen ne s’emploie qu’à côté des ingrédients certifiés.
Ces règles sont contrôlées. Dans l’enquête de la DGCCRF publiée le 18 novembre 2021, environ la moitié des suites données sur 1 120 produits contrôlés concernait des allégations trompeuses ou injustifiées, soit 25 % des produits. Les anomalies portaient surtout sur « sans » et « naturel », puis, dans une moindre mesure, sur « bio » et « avec ».
Quelle différence entre COSMOS Organic et COSMOS Natural ?
COSMOS Organic exige une part minimale d’ingrédients bio, COSMOS Natural n’en exige aucune. COSMOS est un référentiel géré par l’association internationale sans but lucratif COSMOS-standard AISBL, basée à Bruxelles, fondée par BDIH (Allemagne), Cosmébio et Ecocert (France), ICEA (Italie) et la Soil Association (Royaume-Uni). Le site de COSMOS indique que plus de 31 100 produits, dans 80 pays, portent COSMOS Organic ou COSMOS Natural (page datée de janvier 2026).
| Critère | COSMOS Organic | COSMOS Natural |
|---|---|---|
| Part bio dans le produit fini | Au moins 20 %, ou 10 % pour les produits rincés, aqueux non émulsionnés ou composés d’au moins 80 % de minéraux | Aucun minimum |
| Agro-ingrédients transformés physiquement | Au moins 95 % d’origine bio | Pas d’exigence de ce type |
| Part pétrochimique | 2 % au maximum | 2 % au maximum |
| Pourcentages à afficher | Part bio et part d’origine naturelle | Part d’origine naturelle |
Cosmébio, l’association française, décrit le même seuil dans ses supports : au moins 95 % d’ingrédients d’origine naturelle, 95 % d’ingrédients bio sur la partie cultivable et 20 % d’ingrédients bio sur le produit fini pour son logo « certifié bio » ; 95 % d’ingrédients d’origine naturelle avec limitation des ingrédients pétrochimiques pour son logo « certifié naturel ». Son premier cahier des charges, antérieur à COSMOS, aboutissait à environ 10 % de bio sur le total, car l’eau et les minéraux ne sont pas cultivés.
Que change le label NATRUE par rapport à COSMOS ?
NATRUE a ses propres niveaux et ses propres interdits. Depuis janvier 2021, le label distingue deux niveaux, « natural » et « organic », le niveau intermédiaire « natural with organic portion » étant en voie de disparition à mesure que les certificats expirent. Pour le niveau « organic », au moins 95 % des ingrédients d’origine végétale et animale doivent provenir d’une agriculture biologique contrôlée ou d’une cueillette sauvage.
La FAQ de NATRUE liste aussi des exclusions : silicones, parabènes, huiles minérales, microplastiques, parfums synthétiques, OGM, ainsi que le triclosan et le phénoxyéthanol parmi les conservateurs. Une marque ne peut obtenir le label que si au moins 75 % de sa gamme ou de sa sous-gamme est certifiée. L’eau ajoutée n’est pas comptée dans le calcul du pourcentage de substances naturelles.
La différence essentielle avec COSMOS tient donc à la base de calcul : NATRUE exprime la part bio sur les seuls ingrédients végétaux et animaux, COSMOS sur le produit fini, avec un seuil plus bas mais une base plus large.
Comment lire une étiquette pour comparer deux produits ?
Il faut chercher trois informations : le nom du label, le niveau (Organic, Natural, Certified) et le pourcentage affiché, en vérifiant sur quelle base il est calculé. Un produit COSMOS Organic doit indiquer sa part bio et sa part d’origine naturelle ; deux pourcentages ne se comparent que s’ils reposent sur la même base, puisque l’eau, qui ne peut pas être bio, pèse dans le produit fini d’une crème très aqueuse.
La fiche de la DGCCRF recommande de vérifier si l’allégation vise le produit entier ou seulement certains ingrédients, et de signaler un problème sur SignalConso. Une liste d’ingrédients courte, en nomenclature INCI, reste le document le plus fiable : l’article sur les perturbateurs endocriniens à repérer sur une étiquette montre comment la lire.
Questions fréquentes
Un produit « naturel » est-il forcément bio ?
Non. « Naturel » et « bio » sont deux allégations distinctes. La DGCCRF autorise « naturel » pour le produit entier au-delà de 95 % d’ingrédients naturels ou d’origine naturelle, sans exiger d’ingrédient issu de l’agriculture biologique. COSMOS Natural, de même, n’impose aucun minimum de bio.
Le logo AB figure-t-il sur les cosmétiques ?
Le logo officiel français « AB » ou le logo européen ne peut figurer qu’à côté des ingrédients certifiés, selon la fiche de la DGCCRF. Il ne qualifie donc pas le produit fini ; pour celui-ci, la certification passe par des référentiels privés comme COSMOS ou NATRUE.
Que signifient COSMOS Certified et COSMOS Approved ?
Ces mentions s’appliquent aux matières premières et non aux produits finis. Le site de COSMOS indique que plus de 11 800 matières premières portent la mention Certified, qui désigne un contenu biologique, et plus de 11 400 la signature Approved, sans contenu biologique.
Peut-on lire « savon naturel » sur un savon artisanal ?
La DGCCRF indique que les savons, même artisanaux, ne peuvent pas être qualifiés de « naturels », puisqu’ils résultent toujours d’une transformation. Un savon peut en revanche porter une allégation sur certains de ses ingrédients, si elle est exacte.
Où signaler une allégation « bio » douteuse ?
Sur le site SignalConso (signal.conso.gouv.fr), que la DGCCRF indique dans sa fiche pratique pour signaler un problème. Une mention jugée trompeuse sur un emballage entre dans ce cadre.
Sources
Sources consultées le 30 octobre 2026, présentées sans liens cliquables.
- DGCCRF, fiche pratique « Cosmétiques bio et naturel », février 2021 (copie PDF). https://artois.ufcquechoisir.fr/wp-content/uploads/sites/115/2025/08/DGCCRF-165-Cosmetiques-bio-et-naturel-Février-2021.pdf
- DGCCRF, « Quand les cosmétiques ont des imperfections : corriger », economie.gouv.fr, 18 novembre 2021. https://www.economie.gouv.fr/dgccrf/quand-les-cosmetiques-ont-des-imperfections-corriger
- COSMOS-standard AISBL, « COSMOS Technical Guide v3.2 ». https://aco.net.au/storage/2025/01/COSMOS-standard-Technical-Guide-v3.2.pdf
- COSMOS-standard AISBL, site officiel du référentiel, chiffres de janvier 2026. https://www.cosmos-standard.org/fr
- Cosmébio, « Les labels Cosmébio et leur signification », media.cosmebio.org. https://media.cosmebio.org/filer_public/40/3b/403bee33-49c3-4032-b8d6-cf43ff5220b6/les_labels_cosmebio_et_leur_signification.pdf
- NATRUE, « Frequently asked questions », natrue.org. https://natrue.org/faq/


