Perturbateurs endocriniens en cosmétique : comment les repérer sur une étiquette ?
20 septembre 2026 · 7 min de lecture · Hélène

Au dos d’un flacon, la liste des ingrédients tient en quelques lignes minuscules, en latin pour les plantes et en anglais pour la chimie. C’est pourtant le seul endroit où figure la composition d’un soin, et donc la seule réponse précise à la question des perturbateurs endocriniens en cosmétique. Aucun logo ne les signale d’un coup d’œil, et plusieurs substances ont fait l’objet de décisions européennes récentes. Un mot mal compris sur un emballage peut rassurer à tort, ou inquiéter sans raison.
En bref
- Pour repérer un perturbateur endocrinien sur un cosmétique, il faut lire la liste d’ingrédients en nomenclature INCI : les mentions obligatoires d’un cosmétique listées par la DGCCRF n’en comprennent aucune sur les perturbateurs endocriniens.
- Le règlement (UE) 2024/996 du 3 avril 2024 encadre six substances aux éventuelles propriétés de perturbation endocrinienne, dont le filtre UV 4-Methylbenzylidene Camphor, interdit dans les cosmétiques mis sur le marché de l’Union à partir du 1er mai 2025.
- La liste INCI suit l’ordre décroissant des quantités : les 3 ou 4 premiers ingrédients forment en général plus de 80 % du produit, et sous 1 % l’ordre peut être quelconque.
- Les mentions « sans perturbateurs endocriniens », « sans parabènes » ou « sans phtalates » n’ont pas valeur de garantie : la DGCCRF les juge invérifiables ou à retirer.
- Une substance n’est qualifiée de perturbateur endocrinien que si trois critères sont réunis : activité endocrinienne, effet néfaste et lien biologique plausible entre les deux.
Qu’est-ce qu’un perturbateur endocrinien ?
C’est une substance ou un mélange qui altère les fonctions du système hormonal et provoque de ce fait des effets néfastes chez un organisme, chez sa descendance ou dans des sous-populations. L’INRS rappelle que cette définition, proposée par l’Organisation mondiale de la santé en 2002 et mise à jour en 2012, est communément admise ; elle a été reprise dans le règlement délégué (UE) 2023/707.
Pour qu’une substance soit identifiée comme telle, trois critères doivent être réunis : une activité endocrinienne, un effet néfaste sur la santé, et un lien biologique plausible entre les deux. Une substance qui agit sur les hormones sans effet néfaste démontré n’en est donc pas un. Les mécanismes décrits sont l’imitation d’une hormone, le blocage de son action, ou la perturbation de sa production, de son transport ou de sa régulation.
Une mention officielle signale-t-elle un perturbateur endocrinien sur un cosmétique ?
Non, la DGCCRF ne l’inclut pas dans les mentions que le consommateur doit pouvoir lire. Elle liste : le nom et l’adresse d’un contact dans l’Union européenne, le pays de fabrication hors Union, le contenu nominal, les précautions d’emploi, une date de durabilité ou une période après ouverture, le numéro de lot, la fonction du produit et la liste des ingrédients. Cette liste reste donc l’unique source d’information sur la composition.
Une confusion est fréquente avec les nouvelles classes de danger du règlement CLP. Le règlement délégué (UE) 2023/707, du 19 décembre 2022, a créé des classes pour les perturbateurs endocriniens, avec deux catégories pour la santé humaine : avérés ou présumés (mention « Danger », EUH380) et suspectés (mention « Attention », EUH381). Elles s’appliquent à l’étiquetage des substances chimiques au plus tard depuis le 1er mai 2025 et à celui des mélanges au plus tard depuis le 1er mai 2026, sans pictogramme, les lots déjà mis sur le marché pouvant circuler 18 mois (substances) ou 2 ans (mélanges) de plus. Ces mentions concernent la classification des produits chimiques ; elles ne figurent pas parmi les mentions exigées par la DGCCRF sur un cosmétique.
Comment lire la liste des ingrédients d’un cosmétique ?
En cherchant la mention « Ingrédients » puis en déchiffrant les noms INCI, la nomenclature internationale : latin pour les produits issus de plantes, anglais pour les substances chimiques. La DGCCRF rappelle que vérifier cette liste est le moyen le plus sûr de repérer les ingrédients que l’on souhaite éviter. Quelques règles de lecture suffisent :
- l’ordre est décroissant d’importance : les 3 ou 4 premiers ingrédients représentent en général plus de 80 % du produit, et au-dessous de 1 % les ingrédients peuvent être listés dans le désordre ;
- « PARFUM » ou « AROMA » désigne une composition parfumante dont le détail reste secret ; seuls les principaux allergènes odoriférants doivent être nommés ;
- « CI » suivi d’un nombre désigne un colorant ;
- « [nano] » après un nom signale un ingrédient sous forme de nanomatériau ;
Ces repères disent où chercher, pas quoi conclure : un nom sur la liste n’indique ni la concentration de la substance ni sa conformité.
Quelles substances de cosmétiques ont été encadrées pour leurs effets hormonaux possibles ?
Six, par le règlement (UE) 2024/996 du 3 avril 2024, qui modifie le règlement cosmétique (CE) n° 1223/2009. La Commission avait lancé un appel public à données en 2019 face à des préoccupations sur leurs éventuelles propriétés de perturbation endocrinienne, puis demandé l’évaluation du Comité scientifique pour la sécurité des consommateurs (CSSC). Le tableau donne les noms à chercher dans la liste INCI et les règles qui en découlent.
| Nom INCI | Usage dans les cosmétiques | Règle fixée en 2024 |
|---|---|---|
| 4-Methylbenzylidene Camphor | Filtre UV, absorbeur UV, photostabilisant | Interdit : produits non mis sur le marché de l’Union à partir du 1er mai 2025, non mis à disposition à partir du 1er mai 2026 |
| Triclosan | Conservateur | Au plus 0,3 % dans les dentifrices, savons pour les mains et le corps, gels de douche, déodorants hors spray, poudres pour le visage et fonds de teint ; interdit dans les bains de bouche et les dentifrices pour les moins de 3 ans |
| Triclocarban | Conservateur | Au plus 0,2 % dans tous les cosmétiques sauf les bains de bouche ; pas de dentifrice pour les moins de 6 ans |
| Genistein | Ingrédient cosmétique | Limité à 0,007 % |
| Daidzein | Ingrédient cosmétique | Limité à 0,02 % |
| Kojic Acid | Éclaircissant de la peau | Limité à 1 %, dans les produits pour le visage et les mains |
Le cas du 4-Methylbenzylidene Camphor est le plus net. Le CSSC n’a pas pu conclure à son innocuité, faute d’informations suffisantes sur sa génotoxicité potentielle, et a relevé suffisamment d’éléments laissant penser qu’il pouvait agir comme perturbateur endocrinien, avec des effets sur la thyroïde et sur le système œstrogénique. Pour le triclosan et le triclocarban, la sécurité a été jugée acceptable dans les limites fixées ; les dentifrices qui en contiennent doivent porter la mention « Ne pas utiliser chez les enfants de moins de 3 ans » (triclosan) ou « de moins de 6 ans » (triclocarban).
Que valent les mentions « sans parabènes » ou « sans perturbateurs endocriniens » ?
Elles n’apportent pas de garantie, et la DGCCRF demande d’en retirer plusieurs. Selon sa fiche sur les allégations « sans », « sans perturbateurs endocriniens » est invérifiable : elle juge cette allégation trop imprécise au regard des connaissances scientifiques et d’une définition elle-même sujette à discussion. « Sans parabènes » et « sans phtalates » doivent aussi être retirées, parce que ces familles chimiques comprennent des substances interdites et d’autres autorisées : les parabènes nocifs ont été interdits, et certains phtalates sont interdits quand d’autres sont autorisés.
La même fiche tolère des mentions informatives comme « sans parfum », « sans colorant », « sans conservateur » ou « sans alcool », sous conditions. Pour une substance précise comme le triclosan, la DGCCRF estime préférable de vérifier son absence dans la liste INCI plutôt que de se fier à une mention. L’article sur les labels de cosmétique bio explique en quoi un label privé diffère d’une garantie réglementaire.
Questions fréquentes
Les perturbateurs endocriniens sont-ils interdits dans les cosmétiques ?
Pas en bloc : le règlement (CE) n° 1223/2009 raisonne substance par substance, avec des annexes pour les substances interdites, restreintes, les conservateurs et les filtres UV. Le règlement 2024/996 en est l’illustration : il a ajouté le 4-Methylbenzylidene Camphor aux substances interdites et fixé des plafonds pour d’autres.
Qui évalue la sécurité de ces substances ?
Le Comité scientifique pour la sécurité des consommateurs (CSSC) rend les avis scientifiques sur lesquels la Commission européenne s’appuie. Ses avis sur ces six substances datent de 2022, et c’est la Commission qui a modifié les annexes du règlement cosmétique en 2024. En France, la DGCCRF est depuis le 1er janvier 2024 l’unique autorité de contrôle de l’application de ce règlement.
Un dentifrice est-il concerné ?
Oui, s’il contient du triclosan ou du triclocarban. Il porte alors obligatoirement l’étiquetage « Ne pas utiliser chez les enfants de moins de 3 ans » pour le triclosan, ou « de moins de 6 ans » pour le triclocarban, et ces conservateurs sont exclus des bains de bouche.
Un cosmétique bio ou naturel est-il garanti sans perturbateurs endocriniens ?
Rien ne le garantit. La DGCCRF précise que les ingrédients d’un cosmétique peuvent être d’origine naturelle ou synthétique selon le choix du fabricant, et que se prévaloir du seul respect de la réglementation est interdit. Seule la liste INCI informe sur la composition.
À qui signaler un effet indésirable après l’utilisation d’un cosmétique ?
Le contact situé dans l’Union européenne, dont le nom et l’adresse figurent obligatoirement sur l’étiquette, est prévu pour signaler tout problème ou effet indésirable. Une réaction cutanée ou un symptôme persistant justifie en outre l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien.
Sources
Sources consultées le 30 octobre 2026, présentées sans liens cliquables.
- INRS, « Perturbateurs endocriniens. Définition, mécanismes d’action », inrs.fr. Adresse : https://www.inrs.fr/risques/perturbateurs-endocriniens/definition-mecanismes-action.html
- INRS, « Perturbateurs endocriniens. Cadre réglementaire », inrs.fr. Adresse : https://www.inrs.fr/risques/perturbateurs-endocriniens/cadre-reglementaire.html
- DGCCRF, « Étiquetage de vos produits cosmétiques : comment le décrypter ? », economie.gouv.fr. Adresse : https://www.economie.gouv.fr/dgccrf/les-fiches-pratiques/etiquetage-de-vos-produits-cosmetiques-comment-le-decrypter
- DGCCRF, « Allégations "sans" dans les produits cosmétiques : précisions des autorités de contrôle », economie.gouv.fr. Adresse : https://www.economie.gouv.fr/dgccrf/les-fiches-pratiques/allegations-sans-dans-les-produits-cosmetiques-precisions-des-autorites-de-controle
- Commission européenne, règlement (UE) 2024/996 du 3 avril 2024 modifiant le règlement (CE) n° 1223/2009, eur-lex.europa.eu. Adresse : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=OJ:L_202400996


