Mis à jour le 20 septembre 2026
La liste des ingrédients d’un cosmétique se lit en tout petits caractères, en latin et en anglais, et personne ne la déchiffre au rayon. C’est pourtant le seul endroit où l’information existe, et depuis fin 2022 le cadre réglementaire a changé d’une façon qui rend la lecture plus utile qu’avant.
Une classe de danger officielle a été créée pour les perturbateurs endocriniens, avec deux niveaux de preuve. Voici ce que recouvre exactement la notion, quelles familles de substances sont concernées, et comment s’y prendre sur une étiquette sans y passer la journée.
En bref
- Les familles de substances suspectées comprennent les bisphénols, les phtalates, les parabènes, les composés bromés et perfluorés, et les alkylphénols.
- La définition européenne a été adoptée en 2017, après que l’Anses s’est prononcée sur les critères.
- Depuis le 22 décembre 2022, une classe de danger « Perturbateur Endocrinien » figure dans le règlement européen de classification et d’étiquetage.
- Cette classe distingue deux niveaux : les perturbateurs endocriniens suspectés et les présumés ou avérés.
- Elle est transversale : la même définition s’applique quel que soit l’usage de la substance.
- Une substance est identifiée comme perturbateur endocrinien si elle remplit trois conditions cumulatives.
Qu’est-ce qu’un perturbateur endocrinien, au sens réglementaire ?
Le terme est employé partout, souvent comme un synonyme de produit chimique inquiétant. La définition européenne est plus étroite et plus exigeante.
Une substance est identifiée comme perturbateur endocrinien si elle remplit trois conditions cumulatives : elle produit un effet indésirable sur la santé, elle agit selon un mode d’action endocrinien, et il existe un lien de causalité plausible entre les deux.
Le mot cumulatif est ce qui compte. Une substance qui agit sur le système hormonal sans effet indésirable démontré ne relève pas de la définition. Une substance qui produit un effet indésirable par un autre mécanisme non plus. Il faut les trois.
Cette définition a été adoptée en 2017 au niveau européen, après que l’Anses s’est prononcée sur les critères, à l’issue de l’analyse des différentes options proposées par la Commission européenne. Elle concerne d’abord les substances couvertes par la réglementation sur les produits chimiques et celles contenues dans les produits phytopharmaceutiques et biocides.
Ce que change la classe de danger créée fin 2022
C’est l’évolution la plus concrète, et elle est peu connue du grand public.
Depuis le 22 décembre 2022, une classe de danger « Perturbateur Endocrinien » a été incluse dans le règlement européen relatif à la classification, à l’étiquetage et à l’emballage des substances et des mélanges.
Trois conséquences en découlent.
La première est la transversalité. La définition devient identique quel que soit l’usage de la substance chimique. Une même molécule n’est plus évaluée différemment selon qu’elle se trouve dans un pesticide, un emballage ou un cosmétique.
La deuxième est la gradation. La classification distingue les perturbateurs endocriniens suspectés et les présumés ou avérés, ce qui permet de tenir compte de niveaux de preuve variables. Toutes les substances discutées ne sont pas au même stade, et le vocabulaire réglementaire le reflète désormais.
La troisième est l’identification et la communication. Une classe de danger implique une identification claire, ce qui est le préalable à toute information du consommateur.
| Niveau | Ce qu’il signifie |
|---|---|
| Suspecté | Des éléments existent, le niveau de preuve reste limité |
| Présumé ou avéré | Le niveau de preuve est plus élevé |
Quelles familles chercher sur une étiquette ?
L’Anses cite explicitement plusieurs familles de substances suspectées de perturber le système endocrinien : les bisphénols, les phtalates, les parabènes, les composés bromés et perfluorés, et les alkylphénols.
Toutes ne se rencontrent pas dans un cosmétique, et c’est une nuance qui manque à beaucoup de listes en circulation. Les bisphénols concernent surtout les plastiques et les revêtements, les composés bromés les retardateurs de flamme. En cosmétique, les familles à repérer sont principalement les parabènes, certains phtalates et les composés perfluorés.
La difficulté pratique est que la liste des ingrédients d’un cosmétique est rédigée en nomenclature internationale, qui n’emploie jamais le mot parabène ou phtalate. Il faut donc repérer des terminaisons.
Les parabènes se terminent par paraben, précédé d’un préfixe : methylparaben, ethylparaben, propylparaben, butylparaben. C’est la famille la plus facile à repérer, et c’est aussi celle dont plusieurs membres ont déjà été restreints ou interdits en cosmétique.
Les composés perfluorés se reconnaissent aux préfixes perfluoro et polyfluoro, et aux noms contenant fluor. Les phtalates apparaissent sous des sigles, et l’un d’eux se cache derrière la mention parfum, qui n’a pas à détailler sa composition.
C’est la limite de l’exercice, et il faut la dire : la mention parfum ou fragrance couvre un mélange dont le détail n’est pas obligatoire sur l’étiquette. Une lecture rigoureuse s’arrête là.
Faut-il se fier aux labels ?
Les labels de cosmétique répondent à des cahiers des charges privés, distincts de la réglementation. Ils excluent généralement des familles entières de substances, ce qui simplifie la lecture, mais ils ne se substituent pas à la classification réglementaire.
Ce qu’un label apporte réellement, c’est une exclusion contractuelle vérifiée par un organisme tiers. Ce qu’il n’apporte pas, c’est une évaluation substance par substance selon les trois critères de la définition européenne.
La conséquence pratique est qu’un produit labellisé peut contenir des ingrédients non évalués, et qu’un produit non labellisé peut n’en contenir aucun de suspect. Le label est un raccourci de lecture, pas une garantie de classification.
Le raisonnement le plus solide reste celui de l’exposition. Un cosmétique appliqué chaque jour sur une grande surface de peau, et laissé en place, ne pose pas la même question qu’un produit rincé en une minute une fois par semaine. La durée de contact et la fréquence pèsent autant que la liste des ingrédients.
Où en est la recherche ?
L’Anses mène depuis de nombreuses années un travail d’évaluation des substances chimiques ayant des propriétés potentielles de perturbation endocrinienne. Elle finance également des recherches pour mieux connaître les effets et les mécanismes d’action de ces substances, et elle évalue l’exposition.
Ces trois volets, évaluation, recherche et exposition, indiquent où se situent les incertitudes. On connaît mieux les mécanismes que les effets à long terme, et mieux les substances prises isolément que leurs mélanges.
C’est aussi ce qui explique la gradation entre suspecté et présumé ou avéré. La science produit des niveaux de preuve, pas des verdicts binaires, et la classification s’est alignée sur cette réalité en décembre 2022.
Qu’est-ce que cela ne dit pas ?
Cela ne dit pas qu’un cosmétique contenant une substance suspectée est dangereux. Suspecté est un niveau de preuve, pas une conclusion.
Cela ne donne pas de seuil d’exposition. La classification identifie un danger, elle ne quantifie pas le risque, qui dépend de la dose et de la durée de contact.
Cela ne couvre pas les mélanges. Les substances sont évaluées une par une, et l’effet cumulé de plusieurs produits appliqués le même jour n’entre pas dans ce cadre.
Enfin, cela ne remplace pas une lecture d’étiquette : la classe de danger concerne les substances, alors que le consommateur achète des produits finis.
Questions fréquentes
Les parabènes sont-ils interdits en cosmétique ?
Plusieurs membres de la famille ont fait l’objet de restrictions ou d’interdictions, d’autres restent autorisés. La famille figure parmi les substances suspectées citées par l’Anses, ce qui n’équivaut pas à une interdiction générale.
Comment repérer un phtalate sur une étiquette ?
Par des sigles dans la liste des ingrédients. La difficulté est que certains se trouvent dans la composition parfumante, couverte par la mention parfum, dont le détail n’a pas à être publié.
Un cosmétique bio est-il exempt de perturbateurs endocriniens ?
Un label exclut certaines familles par cahier des charges, ce qui n’est pas la même chose qu’une évaluation réglementaire substance par substance. L’absence d’une famille ne dit rien des ingrédients non évalués.
La classe de danger apparaît-elle sur les produits ?
Elle s’applique aux substances et aux mélanges dans le cadre du règlement de classification et d’étiquetage. Son effet sur l’étiquetage d’un produit fini dépend de la réglementation propre à chaque catégorie de produits.
Quel geste est le plus efficace ?
Réduire l’exposition inutile : moins de produits, appliqués moins souvent, et une attention particulière aux produits laissés en place longtemps sur une grande surface de peau. C’est un raisonnement de dose, celui qui manque le plus souvent aux listes d’ingrédients à bannir.
Sources
Anses, travaux sur les perturbateurs endocriniens, définition européenne de 2017 et classe de danger du 22 décembre 2022 : anses.fr/fr/content/travaux-anses-sur-perturbateurs-endocriniens
Cet article résume des informations publiées par une agence sanitaire. Il ne porte de jugement sur aucun produit ni aucune marque, et la classification d’une substance donnée évolue avec l’état des connaissances.
