Réglisse et tension artérielle : à partir de quelle quantité devient-elle risquée ?

Mis à jour le 6 septembre 2026

La réglisse a une image de douceur inoffensive : un bonbon d’enfance, une tisane digestive, un rouleau noir acheté à la caisse. Elle est pourtant la seule confiserie courante qui fasse l’objet d’une évaluation de risque par l’Anses et d’une limite de consommation recommandée par l’Organisation mondiale de la santé.

Le motif est précis : elle augmente la pression artérielle. Ce qui rend le sujet intéressant, c’est qu’une étude a testé exactement la dose réputée sans danger, et qu’elle a quand même mesuré un effet. Voici ce chiffre, ce qu’il vaut, et ce qu’il ne dit pas.

En bref

  • La réglisse augmente la pression artérielle, systolique comme diastolique, à cause de l’acide glycyrrhizique qu’elle contient.
  • L’Organisation mondiale de la santé considère que 100 mg d’acide glycyrrhizique par jour sont probablement sans danger pour la plupart des individus.
  • Une étude a fait consommer exactement cette dose, sous forme de 3,3 g de réglisse par jour pendant deux semaines, à 28 adultes de moins de 30 ans.
  • Résultat : la tension a augmenté en moyenne de 3,1 mm Hg, à la dose pourtant réputée sûre.
  • Le quart le plus sensible présentait des taux élevés d’un peptide sécrété par le cœur quand il travaille davantage.
  • La réglisse est déconseillée en cas d’hypertension, de troubles cardiaques et d’inflammation des voies biliaires, et elle interfère avec plusieurs traitements.

Pourquoi la réglisse fait-elle monter la tension ?

Le responsable est l’acide glycyrrhizique, le composé qui donne à la racine son goût si particulier. C’est aussi lui qui rend la réglisse bien plus sucrante que le sucre de table, alors qu’elle n’est presque jamais utilisée pour édulcorer.

Son effet sur la pression artérielle est documenté et il porte sur les deux valeurs, la systolique et la diastolique. Il s’accompagne d’une rétention d’eau, ce qui explique la mécanique : plus de volume dans le système circulatoire, plus de pression.

La conséquence est un risque cardiovasculaire potentiellement accru en cas de consommation régulière. Et ce risque pourrait exister même à petites doses, ce qui est précisément ce qu’une étude récente a cherché à vérifier.

Que montre l’étude qui a testé la limite de l’OMS ?

Le point de départ est une limite officielle. L’Organisation mondiale de la santé considère que la consommation de 100 mg d’acide glycyrrhizique par jour est probablement sans danger pour la plupart des individus. Le mot probablement compte, et c’est ce qui a motivé la vérification.

Le contexte l’explique : en Suède, environ 5 % des habitants dépasseraient cette limite, ce qui fait de la question un enjeu de santé publique dans ce pays. Des chercheurs de l’université de Linköping ont donc voulu savoir si le seuil tenait.

Le protocole est un essai croisé. Vingt-huit adultes de moins de 30 ans ont mangé 3,3 g de réglisse contenant exactement 100 mg d’acide glycyrrhizique, ou un produit de contrôle sans réglisse, pendant deux semaines. Après une pause de deux semaines, les groupes ont été inversés, ce qui fait que chaque participant a été son propre témoin.

Le résultat principal est une augmentation moyenne de la tension artérielle de 3,1 mm Hg pendant les périodes avec réglisse.

Le résultat secondaire est plus intéressant encore. Le quart des participants le plus sensible présentait des taux élevés d’un peptide que le cœur sécrète quand il doit travailler davantage, ce qui suggère une augmentation de sa charge de travail et donc un risque de fatigue cardiaque.

Que vaut une hausse de 3,1 mm Hg ?

Il faut poser la question honnêtement, parce que le chiffre paraît petit et qu’il est facile de le sur-interpréter dans un sens comme dans l’autre.

Pris isolément, 3,1 mm Hg sur une tension individuelle ne se ressent pas et ne change rien à court terme pour quelqu’un dont la tension est normale. Personne ne va aux urgences pour trois millimètres de mercure.

Ce qui rend le chiffre intéressant, c’est qu’il a été obtenu à la dose considérée comme probablement sans danger. La question posée par les chercheurs n’était pas de savoir si beaucoup de réglisse fait monter la tension, ce qui était déjà connu, mais si la limite officielle protégeait. La réponse mesurée est qu’un effet existe déjà à ce niveau.

Il faut ajouter ce que la moyenne masque. Une hausse moyenne de 3,1 mm Hg sur 28 personnes recouvre des réponses individuelles très différentes, et l’étude identifie justement un quart de participants plus réactifs. C’est ce sous-groupe, pas la moyenne, qui pose la question la plus concrète.

Ce que dit l’étudeCe qu’elle ne dit pas
Un effet mesurable à 100 mg par jourRien sur des doses inférieures
28 adultes de moins de 30 ansRien sur les personnes âgées ou hypertendues
Deux semaines de consommationRien sur une consommation de plusieurs mois
Un quart de participants plus sensiblesPas de moyen d’identifier ces personnes à l’avance

Combien de réglisse cela représente-t-il ?

Le calcul est direct à partir du protocole, et c’est le seul repère solide disponible.

Dans l’étude, 100 mg d’acide glycyrrhizique correspondaient à 3,3 g de réglisse. La limite de l’OMS équivaut donc, pour ce produit-là, à environ trois grammes de réglisse par jour, c’est-à-dire très peu : quelques centimètres de rouleau, une poignée de petits bonbons, ou une à deux tasses de tisane selon la concentration.

Le point de vigilance est que la teneur en acide glycyrrhizique varie énormément d’un produit à l’autre. Un bonbon aromatisé à l’anis sans réglisse véritable n’en contient pas du tout, alors qu’un extrait concentré en contient beaucoup. Le poids du produit ne dit donc rien à lui seul : c’est la teneur qui compte, et elle n’est presque jamais indiquée.

C’est ce qui rend la limite difficile à appliquer en pratique. Un consommateur ne peut pas savoir combien il ingère, sauf à s’en tenir à un principe simple : la réglisse se consomme de façon occasionnelle et non quotidienne.

Qui doit s’en méfier particulièrement ?

Les contre-indications sont claires et elles recoupent le mécanisme.

La réglisse est déconseillée en cas d’hypertension artérielle, ce qui découle directement de son effet. Elle l’est aussi en cas de troubles cardiaques et d’inflammation des voies biliaires. Elle peut par ailleurs augmenter la rétention d’eau.

Côté médicaments, elle interfère avec certains traitements de l’hypertension, avec les diurétiques, et avec la digitaline et ses dérivés. La logique est cohérente : un produit qui fait monter la tension et retenir l’eau contrarie mécaniquement les traitements qui visent l’inverse.

La conduite qui en découle est celle qui vaut pour toute la phytothérapie : demander conseil à son médecin avant d’en consommer régulièrement quand on prend un traitement, quel qu’il soit.

La réglisse a-t-elle des effets intéressants ?

Oui, et il serait malhonnête de ne parler que du risque. La glycyrrhizine possède des propriétés antimicrobiennes et antivirales, et la réglisse est également anti-inflammatoire, antioxydante et immunostimulante, ce qui explique son usage traditionnel contre les infections respiratoires.

Sur la pharyngite, l’intérêt est plausible du fait des effets antimicrobiens, mais les preuves cliniques manquent, et l’usage relève surtout de la médecine traditionnelle.

Sur la digestion, un essai randomisé contrôlé a montré qu’un extrait de réglisse était plus efficace qu’un placebo pour soulager les symptômes de la dyspepsie, avec une prise de 75 mg d’extrait deux fois par jour pendant 30 jours.

En cosmétique, un gel à base d’extrait de réglisse à 2 % s’est montré plus efficace qu’un gel à 1 % pour réduire rougeurs, œdème et démangeaisons dans la dermatite atopique, sur un petit essai de 30 patients par groupe, en deux semaines.

Ces résultats existent, ils sont mesurés sur de petits effectifs, et ils ne changent rien à la question de la tension : un bénéfice sur un terrain ne compense pas un risque sur un autre.

Questions fréquentes

Les bonbons à la réglisse contiennent-ils tous de l’acide glycyrrhizique ?

Non. Beaucoup de confiseries noires sont aromatisées à l’anis ou à d’autres arômes sans contenir de véritable extrait de racine. Seule la présence de réglisse dans la liste des ingrédients indique un apport réel.

La tisane de réglisse est-elle concernée ?

Oui, puisque c’est la racine qui est infusée. La teneur dépend de la quantité de racine et du temps d’infusion, et elle n’est pas indiquée sur les boîtes.

L’effet disparaît-il à l’arrêt ?

L’étude citée reposait sur des périodes de deux semaines séparées par une pause de deux semaines, ce qui suppose un retour à l’état initial entre les phases. Elle ne dit rien d’une consommation prolongée sur plusieurs mois.

Faut-il l’éviter pendant la grossesse ?

La question relève d’un avis médical. Compte tenu de l’effet sur la pression artérielle et la rétention d’eau, deux paramètres surveillés pendant la grossesse, elle mérite d’être posée systématiquement.

Existe-t-il une réglisse déglycyrrhizinée ?

Des extraits dont l’acide glycyrrhizique a été retiré existent, précisément pour conserver certains usages sans l’effet sur la tension. Leur composition doit être vérifiée sur l’étiquette, car l’appellation réglisse ne dit rien à elle seule.

Sources

LaNutrition.fr, réglisse, limite de l’OMS et essai de l’université de Linköping sur 28 adultes : lanutrition.fr/la-reglisse-bienfaits-et-risques-pour-la-sante

Anses, évaluation des risques relatifs à la consommation alimentaire de réglisse : anses.fr/system/files/NUT2022-AUTO-0077-RA-revises.pdf

Cet article résume des données publiées et ne constitue pas un avis médical. Une personne hypertendue, cardiaque ou sous traitement doit demander conseil à son médecin avant toute consommation régulière de réglisse.